vendredi 27 novembre 2009

Je vais faire mon jaloux

Elstir ! n'écoute pas ce que ce jeune crétin te raconte : i' dit rien que des conneries...

Viens plutôt voir papa !

mercredi 25 novembre 2009

À l'attaque, tabarnak !


Ça s'est passé hier soir, pendant l'apéro (pris pour fêter la fin du Brigade mondaine en cours). Swann, qui fait le dédaigneux depuis l'arrivée d'Elstir, a décidé qu'il voulait jouer avec les deux autres. Et il l'a fait. À grand renfort de grognements, de babines retroussées, pour faire croire qu'on est tous des pitbulls. Du coup, j'ai arrêté la musique, car vraiment on ne s'entendait plus, Bergotte et Elstir ayant décidé qu'il leur fallait venir à bout de l'autre montagne de muscles. Les deux montraient les dents aussi, personne n'était impressionné par quiconque, on se marrait bien. Comme l'affaire traînait un peu, on a repris un verre en les regardant.

samedi 21 novembre 2009

La meute romanesque s'élargit



Au moment où son “Grand chef” s’apprêtait à faire intimement et bibliquement connaissance avec Hélène Granvilliers, à sept cents kilomètres plus au sud Géraldine Hébert poussait le petit portillon de bois du château de Plieux.

Aussitôt, surgissant de derrière la tour Sainte-Mère, les trois chiens des actuels occupants surgirent et coururent à sa rencontre, tout joyeux de voir du monde. Non seulement eux, mais deux de plus, des labradors, un noir et un sable, visiblement vieux, que Géraldine identifia immédiatement pour les avoir déjà vus, deux ans et demi plus tôt.

Orage et Ottokar, les deux chiens du maître de maison.

La silhouette de Catherine, la petite frisée gracieuse aux lunettes rouges qui leur avait servi de guide trois jours plus tôt, à Liselotte et elle, apparut à son tour, souriante, au coin de la tour.

- Swann ! Bergotte ! cria-t-elle, ça suffit maintenant ! Et arrêtez de sauter après les gens, c’est très mal élevé !

Elstir, le petit bouvier bernois, essayait bien d’imiter ses deux aînés et de grimper aux jambes de Géraldine, mais, encore trop lourdaud, il ne parvenait qu’à produire de petits bonds plutôt comiques, tout de suite avortés.

- Le grand homme est rentré ? s’informa Géraldine Hébert avec un grand sourire, en désignant les deux labradors qui s’avançaient en boitillant.

- Non, seulement ses chiens ! répondit Catherine en lui rendant son sourire. Ils étaient en villégiature dans l’Ariège et on nous les a ramenés ce matin. Ça commence à faire un peu “meute”, toute cette affaire...

- En effet ! Je ne sais pas trop si j’aimerais beaucoup ça, je dois dire...

- Oh ! c’est provisoire, heureusement ! Et puis, mon mari et moi sommes en plein gâtisme avancé, avec les chiens.

- En somme, conclut Géraldine Hébert, avec un mouvement circulaire du bras droit, j’ai été accueillie par la meute des gâteux, quoi !

Les deux femmes éclatèrent de rire en même temps, s’attirant deux ou trois regards canins légèrement réprobateurs.

vendredi 20 novembre 2009

La meute accède à l'immortalité littéraire (mouais, enfin...)



- Si vous le voulez bien, nous allons à présent monter dans les étages, c’est-à-dire les parties habitées du château, proposa leur guide lorsqu’elles eurent fait le tour des deux salles.
- C’est vraiment superbe, je n’avais encore rien vu de pareil... murmura Liselotte, qui restait en contemplation devant le grand Marsyas ligoté et sanguinolent, suspendu au fond de la deuxième salle.
- Si vous avez l’occasion de passer par Toulouse, lui répondit Catherine, je vous conseille vivement de vous rendre à la station “Carmes”, de la ligne n°2 du métro : L’immense Voie lactée qui décore la voûte et la descente d’escalator est également de Jean-Paul Marcheschi, et c’est une réalisation magnifique...
Les trois femmes étaient maintenant entrées dans la tour et gravissaient l’escalier de pierre aux marches luisantes et mutilées par le temps. Par endroit, on voyait par de larges interstices le vide sous ses pieds...
À l’endroit où un escalier de bois neuf remplaçait la suite de l’escalier de pierre, effondré, leur guide obliqua à droite et les invita à pénétrer dans une salle de proportions identiques à celle qui se trouvait juste en dessous et qu’elles venaient de quitter. Celle-ci était carrelée, contrairement au rez-de-chaussée dont le sol était resté en terre battue.
- C’est la salle des Pierres, non ? demanda Géraldine en y pénétrant à la suite de Liselotte.
- Exactement ! sourit Catherine. Je vois que vous avez bonne mémoire !
- Pourquoi la salle des Pierres ? demanda Liselotte, en regardant alternativement les deux autres.
Leur guide s’approcha de la table – une simple plaque de verre posée sur deux tréteaux de bois et entourée sur trois côtés de fauteuils d’osier –, y saisit l’un des catalogues qui s’y trouvaient exposés et le tendit à la Danoise.
Celle-ci découvrit que la photo de couverture représentait la pièce où elles se trouvaient, mais encore planchéiée et non carrelée, et sans la moindre trace de mobilier.
Mais la différence essentielle était que, dans tout l’espace, suspendues aux énormes poutres transversales par des cordages de marine, pendaient de très gros blocs de pierre.
- La photo date de l’été 1995, expliqua leur guide à Liselotte. Cet été-là, Iannis Kounellis est venu faire une “installation”, comme on dit dans le jargon moderne. Et, pour cette salle où nous sommes, il avait choisi de faire ça. D’où son nom de “salle des Pierres”, depuis lors...
Catherine ne put en dire plus car, s’avisant soudain de cette présence humaine, les trois chiens qui dormaient à l’autre bout de la pièce, autour du canapé, des deux fauteuils de cuir brun et de la table basse en osier, se réveillèrent tous ensemble et s’approchèrent de leur petit groupe, le plus gros à pas lents et les deux autres en trottinant joyeusement.
L’un, visiblement le plus vieux, était un énorme labrador noir, probablement croisé. Le second un petit bouvier suisse à poil ras. Quant au troisième, Liselotte identifia tout de suite un bouvier bernois – parce que l’une de ses amies en possédait un, au Danemark –, mais qui ne devait pas avoir plus de deux mois, à en juger par sa petite taille, son poil laineux et sa démarche comiquement pataude.
- Vous n’avez pas peur des chiens ? s’enquit poliment leur guide. Ils ne sont pas méchants...
« Encore heureux ! », faillit répondre Géraldine, qui n’avait jamais été trop portée sur la gent canine.
- Mais non, ils ont l’air adorable ! s’exclama Liselotte qui, elle, les aimait beaucoup et regrettait parfois de n’en pas avoir un à elle.
- Dans ce cas, je vous présente Swann, Bergotte, et Elstir dit Monsieur Biche ! dit Catherine.
- Comme dans Proust ? s’étonna Liselotte, dont la connaissance qu’elle avait de la littérature française rendait parfois Géraldine un peu envieuse.
- On est snob ou on ne l’est pas ! fit alors une voix masculine, très grave et un peu ironique, juste derrière elles.
Géraldine et Liselotte se retournèrent, pour se retrouver face à un quinquagénaire massif, aux cheveux presque ras, et dont les yeux, derrière ses lunettes, étaient étrécis par les poches qui avaient élu domicile juste en dessous. Il promenait devant lui une bedaine de Monsieur Prudhomme satisfait de lui-même, et de l’existence en général.
- Mon mari... présenta leur guide. Nous faisons les visites alternativement...
- Vous avez de la chance d’être tombées sur elle, Mesdames : moi, je vous aurais probablement assommées de considérations parfaitement inutiles ! répliqua le gros homme. Bon, je vous laisse poursuivre...
Il se tourna vers les trois chiens qui faisaient la fête à Liselotte, pour la simple raison qu’elle s’était accroupie pour caresser le bébé bouvier et que les deux autres exprimaient par conséquent leur jalousie :
- Vous venez, les pépères ? On va se promener...
Le verbe eut un effet magique sur les deux bêtes adultes, qui cessèrent aussitôt de s’intéresser à Liselotte pour filer directement vers l’escalier.
- Ça vous ennuierait que je prenne le petit en photo ? demanda Liselotte à Catherine, tout en continuant à lui gratouiller le ventre.
- Mais non, pas du tout ! répondit celle-ci avec un large sourire. Allez-y, faites !
Le visage de Liselotte se rembrunit aussitôt :
- Ah, non, je ne peux pas : comme je pensais les photos interdites dans le château, j’ai laissé mon appareil dans la voiture, en bas...
- Tu veux que j’aille te le chercher ? proposa gentiment Géraldine à sa compagne. J’en ai pour une minute : si Madame accepte de nous attendre un peu...
- Mais bien sûr, allez-y : on a tout le temps ! répondit aussitôt leur guide. D’autant qu’on peut aussi photographier les œuvres exposées...
- Profitez donc de ce que je sorte, dit alors le mari de Catherine : la porte est un peu dure à ouvrir quand on manque d’habitude...
Géraldine descendit donc l’escalier inégal derrière la silhouette massive. Des deux chiens étaient déjà à la porte et remuait de la queue en couinant leur impatience. Ils filèrent dès que celle-ci fut entrebâillée.
- Je laisse ouvert : vous n’aurez qu’à repousser simplement le battant derrière vous, dit l’homme, juste avant de partir dans la même direction que ses chiens.
Géraldine Hébert descendit jusqu’à la voiture de location sans croiser quiconque, trouva en effet l’appareil numérique de Liselotte dans la boîte à gants, et remonta le raidillon. En se disant qu’il faisait de plus en plus chaud à mesure qu’on avançait dans l’après-midi.
Lorsqu’elle poussa le battant de bois, elle vit quelque chose luire faiblement, entre les grosses pierres mal jointes de l’entrée de la tour, d’où s’élançait l’escalier.
Machinalement, elle se baissa pour tenter de voir de quoi il pouvait bien s’agir.
Cela ressemblait à une sorte de broche, qui serait tombée et aurait par hasard glissé verticalement entre les deux grosses pierres polies par le temps et le passage des hommes tout au long des siècles.
Géraldine glissa l’index et le majeur entre les pierres, afin de saisir le petit objet. Elle y parvint non sans s’y être reprise à trois fois, et l’amena à hauteur de ses yeux.
C’était bien une broche, en effet, mais on pouvait difficilement qualifier l’objet de “bijou”, car il n’était pas très joli et encore moins précieux.
Géraldine se redressa et ressortit sur les marches extérieures afin de le voir en pleine lumière.
Soudain, elle identifia l’objet qu’elle tenait dans le creux de sa main, et son cœur se mit à battre nettement plus vite.
Il s’agissait d’un “cairn”, un insigne que portaient traditionnellement les scouts adolescents, et que l’on garnissait de “pierres”, à mesure qu’ils s’élevaient dans la hiérarchie de leur mouvement.
Un signe distinctif comme l’adolescente retrouvée morte le matin même, à l’autre bout de Plieux, devait sans doute en porter un.
Obéissant à une impulsion soudaine, Géraldine Hébert glissa l’insigne dans la poche de son jean, avant de monter rejoindre les deux autres femmes.

jeudi 19 novembre 2009

D'une feuille à l'autre...

Pendant que le Luminaire céleste alimente sa feuille de chou, Elstir mange celles de notre tilleul.


mercredi 18 novembre 2009

Didier Goux trouve le bouton (et l'Irremplaçable prend son pied).

D'ordinaire (mais c'est un court ordinaire : dix jours, pas davantage), après le dîner, le dîner canin, Bergotte et Elstir passent le temps à jouer. Des jeux sonores : on peut bien choisir, pour l'apéro, la musique que l'on veut, ils s'en tapent – et nous aussi, finalement –, ils grognent, aboient, regrognent. De toute façon, à cette heure de la journée, on est accoutumé de n'écouter que des nègres qui, bien entendu (on est nazi ou on ne l'est pas), passent largement après nos chiens : on connaît la hiérarchie des races, tout de même.

Mais, ce soir, non. Swann s'est réfugié dans son panier ; mais lui, c'est normal (je reviendrai à Swann et à son rapport avec Elstir), il fait ça tous les soirs – et même dans la journée. Pendant ce temps, Elstir, après avoir pissé un peu partout au hasard de la fantaisie de sa vessie encore en roue libre, a voulu, comme hier, avant-hier, les jours d'avant, se livrer à ces exercices qui ravissent ses maîtres mais les empêchent totalement d'écouter Nat King Cole, Shirley Horn, Johnny Hartman, John Coltrane, and so on. Bref, Bergotte, peut-être parce qu'elle s'était niqué un ongle cet après-midi on ne sait où, avait décidé qu'elle préférait aller taper un roupillon dans son panier. Ce qu'elle a fait.

Du coup, un peu désemparé, errant, la tête et l'œil bas presque comme un pigeon blessé, Elstir s'est réfugié sur le pied du seul humain qui compte vraiment pour lui dans cette maison (on en reparlera !), à savoir Catherine.

Et c'est comme ça que votre serviteur est devenu photographe.